Mes tableaux sont pour la plupart des compositions abstraites, n’ayant ni sujet, ni sens caché…
même si certains ont une origine plus concrète, influencés par un livre, une musique ou un
paysage. Pas d’allégorie, rien à décrypter. Je choisis souvent de ne pas donner de titre à ceux
qui peuvent être vus comme un fragment, une des variantes possibles. Comme si une
cohérence, un lien unissait chaque peinture à la suivante…que chacune n’était non pas unique
mais faisait partie d’un ensemble. Comme les formes des branches qui créent des dessins,
fruits du hasard et de l’évidence.
C’est ainsi que j’envisage mon travail. S’il y avait un sens, un titre ou un résumé qui convienne
à l’une de mes peintures, que ce soit celui issu de votre propre imagination…

Roman Proniaev

Roman Proniaev

Artiste contemporain

Artiste peintre d’origine russe, Roman Proniaev regarde le monde par une petite porte entrouverte pour mieux atteindre l’horizon. Il s’attache aux détails, brouille les pistes et les frontières, touche le cœur. La pudeur et l’humilité sont les armes des artistes que la contrainte stimule. Ses tableaux se regardent au-delà de leurs limites physiques, au-delà du visible… Il pousse les lignes, épure les formes, s’attache à la surface. Sa peinture est un jeu de transparences et d’effets de matières. Un monde tout en nuances où l’abstraction géométrique et la sobriété esthétique apaisent et font sa cohérence.

Il pose ses valises en France après avoir quitté sa Russie natale, voyagé en Europe et séjourné quelques années en Croatie et en Bulgarie. Ses voyages ont élargi son horizon et nourri son travail d’artiste. Si la Croatie l’a teinté de sa nature époustouflante, la Bulgarie lui a ouvert les portes d’un monde artistique foisonnant et bigarré. C’est là-bas qu’il commence à s’aventurer vers les grands formats qui, plus tard, forgeront son identité d’artiste.

Profondément marqué dans sa jeunesse par Jean Arp, l’un des fondateurs du mouvement Dada à Zurich, il s’approprie les codes du surréalisme en tordant le réel et contorsionnant le vivant, les laissant à distance pour mieux les apprivoiser. Roman a ses propres codes esthétiques, le beau n’est pas à proscrire… Il porte un regard profondément respectueux sur les valeurs traditionnelles de l’art, et sait s’en affranchir quand son imaginaire le guide sur d’autres voies.

« J’ai toujours un moment d’hésitation devant la toile blanche. Commencer une nouvelle toile c’est comme plonger dans l’eau. Je sais nager, je le sais bien. Mais chaque fois il y a ce bref instant d’incertitude. Ensuite il faut un peu de temps pour que le corps s’habitue, soit à l’aise. Plus la toile est grande, plus je me sens immergé et libre dans mes mouvements. Ma peinture progresse ainsi – sans réflexion, presque machinalement. »  Roman Proniaev

Celui qui contemple son oeuvre a l’oeil sans cesse bousculé : la ligne de fuite n’est jamais là où on l’attend. La simplicité des formes et l’épure des couleurs nous parlent de la complexité du monde, tout en douceur. Aucune certitude ne se dévoile sur ses toiles. Il s’attache à ses émotions, se laisse guider par le processus de création… Tout est affaire de continuité et de mouvement. L’œuvre se lit dans son ensemble, les tableaux se répondent, se parlent, s’enrichissent. Les diptyques s’encastrent dans un sens, mais se découvrent aussi dans un autre… Quand les limites de la toile créent une frustration trop forte et un besoin de prolonger l’écho de sa voix, une deuxième s’y rattache et laisse résonner l’immensité qui nous entoure. A chaque clignement d’œil, il nous donne à voir une réalité mouvante, flottante, nécessairement ancrée dans l’espace. L’organique côtoie l’objet et l’espace entre les formes nous dit la forme de l’espace. L’équilibre de son univers se cache dans l’infini…

 

Eva Paquereau

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Salon d’arts antiques et contemporains de Leuven, Belgique.

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